Bâtir des ponts entre les races - En hommage à Martin Luther King
Martin Luther King en 1964
Le 18 janvier, le monde a rendu hommage à Martin Luther King, le bâtisseur de ponts entre les races. La vision du monde qui était la sienne était aussi celle de Frank Buchman, fondateur du Réarmement moral devenu Initiatives et Changement. Elle se poursuit et se concrétise aujourd’hui, notamment par le programme « Hope in the Cities » (Espoir dans les villes).
Dans l’article qui suit, le journaliste Robert Webb, qui a été chroniqueur au Cincinnati Enquirer et a dirigé notamment le bureau de ce quotidien à Washington, relate l’ébranlement qu’ont produit dans son coeur de raciste les convictions de Buchman, l’amenant à une transformation spectaculaire dans son être et dans sa vie professionnelle. Bob Webb est né dans le Mississipi, cet Etat que Luther King décrivait comme « brûlant du feu de l’injustice ». Par la suite, Webb a consacré sa vie à réaliser l’espoir de Martin Luther King : faire des Etats-Unis un oasis de liberté et de justice.
Bob Webb
Pendant des années, j’ai été aveugle à la tare de la ségrégation dans laquelle je vivais. Fils du Sud profond, né et élevé au Mississipi, je ne me souciais absolument pas du fait que les écoles, les lieux publics et les quartiers des villes étaient divisés racialement, que les noirs étaient supposés vivre à leur place et pas ailleurs. Pas non plus par le fait que la plupart des bons emplois leur étaient refusés. La façon de vivre des Sudistes coulait dans mes veines ; il m’a fallu une véritable transfusion.
Il n’est donc pas étonnant que j’aie figuré parmi les journalistes qui se sont opposés de façon militante à la décision de la Cour suprême du 17 mai 1954 mettant fin à la ségrégation dans les écoles. En tant que directeur adjoint du journal State Times, à Jackson, j’ai été le porte-parole des vues sudistes les plus traditionnelles.
Et pourtant, je me considérais comme chrétien. La transformation dont j’avais terriblement besoin a commencé lorsque j’ai été invité à une conférence du Réarmement moral sur l’île de Mackinac, dans le Michigan, en 1957. J’y ai entendu les témoignages de personnes dont la vie a été révolutionnée lorsqu’elles s’étaient mises à l’écoute de leur voix intérieure et avaient mesuré leur comportement passé et présent à la lumière des principes moraux que sont l’honnêteté, la pureté, le désintéressement et l’amour, vus dans leur absolu. Cela m’a profondément ému. Ces gens avaient quelque chose que je désirais.
Un jour, j’ai vu le film Liberté, réalisé par des Africains. Il a porté un coup à mon coeur de raciste. A la fin de la projection, je savais que je devais demander pardon au premier noir que j’allais rencontrer pour la façon dont nous autres dans le Sud avions traité les gens de sa race. Il s’est trouvé que cette personne était un Africain d’un certain âge. Son visage reflétait la sagesse. Je n’oublierai jamais sa réponse : « Et après les excuses ? » C’est la question à laquelle je m’efforce de répondre depuis cet instant.
Avant de quitter l’île de Mackinac, je me suis confronté aux principes dont j’avais entendu parler. Une foule de torts que j’ai commis m’a submergé : triches à l’école, triches aussi pour mes notes de frais quand j’étais reporter à la Nouvelle-Orléans ; usage frauduleux d’un atelier de photos que je fréquentais. Attaques injustes dans mon journal à l’égard d’un journaliste âgé d’une publication concurrente. Par certains de mes comportements, j’ai violé les lois de mon pays. Pour toutes ces choses, j’ai fait restitution au mieux de mes moyens.
Lorsque j’ai admis mes tricheries devant la directrice de mon collège, elle m’a invité aussitôt à prendre la parole à une réunion des élèves. Après une introduction élogieuse du principal, je me suis levé pour dire simplement : « Je suis ici parce que j’ai triché en classe ! » Une discussion a suivi. J’ai aussi remboursé des frais indus à mon journal, qui a décidé de donner la somme au Réarmement moral !
Un des aveux les plus durs était auprès d’un juge à Jackson. Heureusement il ne m’a pas poursuivi. Et, de façon étonnante, chaque acte de restitution m’a procuré un sentiment de libération et une joie indescriptibles. Cette expérience m’a donné la certitude que Dieu me guiderait quand je chercherais sa volonté. L’une de mes premières décisions a été d’écrire à un compatriote du Sud, Martin Luther King. Il m’a répondu rapidement d’une lettre merveilleuse.
Ma vie a donc changé radicalement. En tant que journaliste, je me suis efforcé de donner à mes lecteurs la vision d’une Amérique qui soit un modèle pour le monde quant à la façon dont les gens de toutes races et conditions pourraient travailler ensemble, et unir au lieu de diviser. Cela m’a amené à me sentir très proche des Américains de race noire.
Répondre au désespoir
Ma transformation personnelle a considérablement élargi mes perspectives. Mon séjour à Mackinac m’a fait entrevoir un monde infiniment plus grand que le Sud si tourmenté. Mais elle m’a aussi fait voir clair sur ce qu’il y avait à faire dans le Sud, et c’est ce à quoi nous nous sommes attelés avec mes amis du Mississipi. En particulier, nous avons fait venir à Jackson le film Liberté qui avait tant transformé mon cœur et mon esprit. Nous avons invité un Sud-Africain blanc, Bremer Hofmeyr, ainsi que son épouse – tous deux engagés au côté de Frank Buchman – pour une projection privée pour le gouverneur de l’Etat, qui a demandé de présenter le film à des membres du parlement de l’Etat.
Mais les fortes poussées de résistance qui se sont manifestées après la déségrégation des écoles en 1954 s’étaient encore enflées en 1957. Little Rock, capitale de l’Etat d’Arkansas, est devenue le cœur de la tornade le 25 septembre lorsque le Président Eisenhower a ordonné à l’armée d’escorter les neuf premiers collégiens noirs jusqu’à leur établissement au milieu d’une foule en colère. Le gouverneur de l’Etat, Orval Faubus, s’y est opposé.
Dans cet Etat qui avait été relativement calme jusque là, le gouverneur a fait passer une loi privatisant les écoles pour les soustraire aux instructions du gouvernement fédéral. Il s’en est suivi un vote où les électeurs de l’Etat se sont massivement prononcés contre la déségrégation. Les écoles ont été fermées, laissant près de 3.700 élèves à l’abandon.
Little Rock est donc devenu célèbre alors comme un bastion de défiance à l’égard du gouvernement fédéral. Heureusement que quelques citoyens de la ville ont été invités aux rencontres de Mackinac Island et ont pu dénouer l’imbroglio.
Ce récit est tiré du chapitre 11 du livre « Frank Buchman’s Legacy.». Extraits traduits par J.-J. Odier.
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires
- English
- Version imprimable
- Envoyez cette page à un ami